Nous sommes plus de 120 universitaires des quatre universités du Nouveau-Brunswick (Mount Allison University, Université de Moncton, University of New Brunswick et St. Thomas University), issu·es de disciplines variées, qui exprimons notre solidarité avec le mouvement citoyen de Tantramar et des communautés environnantes contre le projet de construction d’une centrale au gaz de schiste dans notre province.
À l’heure où l’urgence climatique impose une transition vers des sources d’énergie décarbonées, où il existe des solutions éprouvées et abordables, et où la population n’est plus en mesure de subir une nouvelle hausse du coût de la vie, ce projet apparaît comme un non-sens scientifique, environnemental et économique.

1. Opter pour les énergies renouvelables : systèmes de batteries, éoliennes et centrales solaires
Le contexte énergétique mondial a profondément changé. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la quasi-totalité des nouveaux projets de production d’électricité en 2024 dans le monde repose sur les énergies renouvelables. Construire aujourd’hui une centrale au gaz de schiste contredit le virage énergétique mondial et les engagements climatiques du N.-B.
Énergie NB affirme que cette centrale serait nécessaire pour augmenter la capacité de production électrique et assurer la stabilité du réseau. Or, des solutions meilleur marché existent déjà. Le stockage par batteries permet de répondre aux pointes de demande, à un coût bien moindre que les centrales thermiques. De plus, les projets d’énergie renouvelable sont mis en service beaucoup plus rapidement – entre six et dix-huit mois pour le solaire – et comportent moins de risques de dépassement de coûts. Ainsi, simplement sur une base économique, le choix des énergies renouvelables s’impose.
2. Opter pour des stratégies de gestion de la demande énergétique
Réduire la consommation d’électricité coûte beaucoup moins cher qu’augmenter la production. Pourtant, les programmes de gestion de la demande demeurent sous-développés dans la province. Des initiatives ambitieuses d’efficacité énergétique pourraient réduire la demande jusqu’à 400 mégawatts d’ici 2030.
À cela s’ajoutent des stratégies de gestion active de la demande, comme la tarification variable selon l’heure et l’utilisation de thermostats intelligents, qui permettraient de réduire les pointes de consommation. Ces stratégies sont rapides à mettre en œuvre, créent des emplois locaux et diminuent les factures d’électricité des client·es d’Énergie NB.
3. Non à une centrale américaine au Nouveau-Brunswick
La compagnie ProEnergy, promotrice du projet, est basée dans l’État du Missouri et le gaz qu’utilisera la centrale proviendra en grande majorité des schistes de Marcellus et d’Utica aux États-Unis. Dans un contexte d’incertitude financière autour des tarifs douaniers, la centrale proposée sera dépendante des États-Unis pour sa construction, son combustible et son exploitation.
Le gaz de schiste pose aussi des risques économiques : plusieurs analystes anticipent un pic de la production en Amérique du Nord à court terme. Miser sur cette énergie expose le N.-B. aux fluctuations des prix sur les marchés mondiaux à venir. Nous croyons que la sécurité énergétique repose plutôt sur des ressources renouvelables produites ici-même, par et pour les communautés du N.-B.
4. Non à un autre gaz à effet de serre
La province s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 1 700 000 tonnes d’ici 2030 par rapport à 2020. Or, la centrale au gaz de schiste proposée ajouterait jusqu’à 900 000 tonnes de gaz à effet de serre, annulant plus de la moitié des réductions.
De plus, le méthane – principal combustible de cette centrale au gaz dit « naturel » – est un gaz à effet de serre puissant. Les fuites tout au long de la chaîne de production et de distribution aggravent ce bilan, au point que certaines analyses estiment qu’une centrale au gaz pourrait être aussi néfaste pour le climat qu’une centrale au charbon comme celle de Belledune.
5. Non aux polluants mettant en danger la santé humaine et animale
La combustion du gaz augmente les risques de maladies respiratoires et cardiovasculaires, de troubles neurologiques et de mortalité prématurée. Ces effets touchent en priorité les enfants, les aîné·es, les personnes enceintes et celles vivant déjà avec des problèmes de santé. Cette pollution entraînera des coûts supplémentaires pour notre système de santé déjà sous pression, et affecterait la santé des 165 espèces d’animaux rares ou protégées à proximité.
6. Devenir un chef de file des énergies propres
Les investissements en efficacité énergétique, en énergies renouvelables et en stockage par batteries génèrent davantage d’emplois locaux et durables, particulièrement dans les zones rurales, que les grands projets centralisés de combustibles fossiles, et ce, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre et en protégeant la santé publique.
Pour toutes ces raisons, nous demandons au gouvernement du Nouveau-Brunswick de suspendre immédiatement ce projet de centrale au gaz de schiste et de réorienter les investissements vers des solutions d’avenir : les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.
Plus de 120 signataires des quatre universités du Nouveau-Brunswick : Mount Allison University, Université de Moncton, University of New Brunswick et St. Thomas University
Lettre complète à la première ministre et liste complète des signataires disponibles ici.







