Je joins ma voix à celles des gens de la région de Tantramar et des nombreux groupes citoyens qui demandent au gouvernement provincial de mettre fin au projet de centrale au gaz et diesel que le promoteur américain Pro Energy veut construire à Centre Village.
Nous exhortons le gouvernement à annuler ce projet parce qu’il met en péril notre santé, notre eau, notre environnement et notre économie quand le stockage par batterie et l’efficacité énergétique sont déjà des options plus propres, plus sécuritaires et plus abordables que les nouvelles méthodes aux combustibles fossiles.
Pour répondre à la demande croissante d’électricité, on peut développer davantage les énergies éoliennes et solaires, s’approvisionner en hydroélectricité provenant du Québec, et retourner à la table de travail pour concrétiser la Boucle atlantique.
Cela est nécessaire pour créer un réseau électrique carboneutre d’ici 2035 si l’on veut protéger la santé et le bien-être de la population néo-brunswickoise de façon durable. C’est une question d’équité et de justice sociale.
Ces solutions s’opposent à la vision présentée par Madame Michelle Robichaud, présidente de Atlantica Centre for Energy (voir Mon Opinion, Acadie Nouvelle) selon laquelle le projet de turbine à gaz est un plus pour le Nouveau-Brunswick parce qu’il alimente l’économie et constitue la solution la plus rentable.
Nous disons plutôt que ce projet est un moins non seulement pour le Nouveau-Brunswick mais aussi pour le Canada et la planète parce qu’il retarde la transition énergétique, nous conduit à des coûts plus élevés, à la détérioration de la santé, et à l’aggravation des changements climatiques et ses répercussions désastreuses sur la santé et la sécurité du monde entier. Ce faisant, notre province ne fait pas sa juste part pour la construction de notre pays qui nécessite des investissements dans la santé et la résilience de notre population.
Santé et économie ne peuvent être dissociées. Une économie basée sur les énergies fossiles ne peut être la solution la plus rentable car la santé des individus passe par un environnement sain et une économie à faible empreinte carbone.
Si le gouvernement provincial veut vraiment améliorer les soins de santé, il doit s’attaquer sérieusement à l’environnement et à la crise climatique. À cet effet, la première ministre Holt et son cabinet peuvent s’inspirer des professionnels de la santé pour prendre les bonnes décisions.
Quand une personne a un problème de santé, la professionnelle ou le professionnel de santé choisit le meilleur traitement ou soin possible avec le moins d’effets indésirables possible, maintient une communication ouverte avec la personne soignée tout au long de sa démarche scientifique et, dans le respect d’un code d’éthique universel, obtient un consentement à chacune des étapes de la démarche effectuée.
L’administration d’un traitement ou d’un soin sans le consentement éclairé de la personne soignée, ou qui nuirait à sa santé, serait une erreur qui rendrait la professionnelle ou le professionnel de santé passible de poursuite judiciaire.
Qu’est-ce que cela signifie en termes d’action gouvernementale? Cela signifie que le gouvernement Holt doit annuler le projet de centrale au gaz parce qu’il nuit à la santé des gens et de l’environnement et qu’il n’y a pas de consentement social. De meilleures options doivent être proposées à la population.
De même, cela signifie que le gouvernement doit respecter le code d’éthique environnemental. Le 23 juillet 2025, la Cour internationale de justice a confirmé que les gouvernements ont l’obligation légale de protéger les populations et les écosystèmes contre la menace du changement climatique, et que la production et la consommation de combustibles fossiles peuvent constituer un acte illégal au niveau international.
Pour prendre la bonne décision, le gouvernement doit faire une évaluation complète de l’impact environnemental et sanitaire lié à la centrale au gaz et répondre, entre autres, aux questions suivantes.
D’abord, la pollution de l’air produite par la combustion du gaz naturel est liée aux maladies cardiaques et pulmonaires, aux cancers et bien d’autres maladies, et est responsable d’au moins 17,400 décès prématurés par an au Canada. Les gens qui vivent près de la future centrale sont plus à risque. Devons-nous permettre à l’industrie gazière de faire augmenter les statistiques et risquer d’en faire partie?
Deuxièmement, la centrale pourrait émettre non moins de 900,000 tonnes de gaz à effet de serre (GES) par an pendant 25 ans ce qui retarderait la transition énergétique et aggraverait les changements climatiques. Chaque année, les facteurs environnementaux prennent la vie d’environ 13 millions de personnes. Ce qui fait dire à l’OMS que les énergies fossiles nous tuent. Devons-nous permettre à l’industrie gazière de continuer à tuer les gens?
Troisièmement, l’usine pourrait prélever environ 7 millions de litres d’eau souterraine chaque jour ce qui risque de faire baisser les puits voisins, assécher les milieux humides et réduire les cours d’eau. Et ce, quand sept des neuf limites planétaires, ces lignes invisibles qui maintiennent la Terre en équilibre, ont été franchies, et que l’une des limites franchies révèle que nous avons puisé dans les réserves d’eau douce plus vite qu’elles ne se renouvellent. L’eau est une substance vitale. Devons-nous permettre à l’industrie gazière de prélever des quantités gigantesques d’eau souterraine pour une usine dont nous n’avons pas besoin?
La réponse à ces questions justifie l’annulation du projet de centrale au gaz et appuie le développement accéléré des énergies renouvelables.
La santé n’est pas négociable. Nous sommes confiants que le gouvernement prendra la bonne décision pour les Néo-Brunswickois d’aujourd’hui et pour les générations futures.
Odette Landry est résidente de Dieppe et professeure à la retraite de l’Université de Moncton (Sc. Inf.).
La version originale de cet article a été publiée par Acadie Nouvelle le 31 décembre 2025.







