Le dernier rapport du Programme international de suivi des acquis (PISA) démontre que les capacités de lecture de nos jeunes acadiens sont au dernier rang du pays.
Un aspect encore plus accablant du rapport, aucunement relevé médiatiquement, est le triste score des garçons. Ceux-ci se retrouvent exceptionnellement en dessous de la moyenne canadienne des garçons, qui elle, rappelons-le, est plus de 22 points derrière les filles.
En 2025, le score moyen de tous les élèves canadiens flottait autour des 490 points. Celui d’un garçon acadien du N.-B. a coulé bien plus que sous les 413 points.
Dans le barème PISA, un score de 500 points représente « un niveau de compétence de base permettant de participer efficacement à la vie sociale ». Un score de 400 points, lui, équivaut à un niveau d’« illettrisme fonctionnel ».
L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui produit les tests PISA, établit qu’environ 20 points sur l’échelle PISA équivalent à près d’un an d’apprentissage scolaire. Ainsi, pour faire simple, en compréhension de lecture, plus de la moitié de jeunes garçons acadiens de 15 ans a au moins trois ans de retard face à leurs camarades de classe du reste du pays.
L’écart est énorme, le retard intolérable. Si rien n’est fait, des milliers d’Acadiens termineront leur 12e année sans être capables de pleinement saisir les nuances du texte que vous avez vous-même sous les yeux.
Que faire ?
Suite à la nouvelle, certains n’ont pas perdu une seconde pour casser du sucre sur le dos des enseignants. C’est une erreur. À quoi bon taper sur l’entraîneur quand les joueurs n’ont même pas de patins, de bâtons, ni de temps de glace pour s’exercer entre les matchs? Ce qui semble évident pour la pratique du hockey, d’un instrument, ou de la natation devrait l’être pour la pratique de la lecture.
Trop peu de familles ont des livres à la maison, nos braves petites bibliothèques publiques et scolaires sont mal garnies, sous-financées et ont des heures d’ouvertures dérisoires. Les papas lisent peu en français. Les librairies et les gens qui les animent peinent à survivre. Il n’y a pas de vrais programmes de francisation chez nous. La politique du livre reste minable, et je n’ose pas parler du financement pour la culture.
Comment y arriver ?
Nos élu.e.s, tous partis confondus, doivent faire leur part pour exiger du financement d’Ottawa pour mettre en œuvre des mesures positives nécessaires pour faire respecter l’égalité réelle qui nous est promise dans la Charte de 1982 et dans la Loi sur les langues officielles fédérale de 2023.
Si les 2 paliers du gouvernement n’agissent pas prestement, à la hauteur de l’enjeu, il faudra encore se battre en cour. On invoquera l’article 23 de la Charte, qui « garantit les droits à l’instruction dans la langue de la minorité ». On invoquera l’arrêt Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique c. Colombie-Britannique (2020 CSC 13), ou la Cour Suprême a établi que nous avons droit à une expérience éducative de qualité réellement équivalente à celle de la majorité canadienne. Rappelons que la Cour a tranché que les obstacles budgétaires d’un gouvernement (d’une province qui n’est pas officiellement bilingue) ne peuvent pas servir d’argument massue pour ignorer ses responsabilités constitutionnelles.
La littératie, c’est fondamental à notre épanouissement culturel : c’est une affaire d’État. Ne nous contentons pas de quelques bouées de sauvetage de plus. Il nous faut des mesures qui iront bien au-delà des murs de l’école et des jeunes générations. C’est tout le navire qu’il faut retaper, de l’intérieur et de l’extérieur.
Simon Ouellette est un Acadien du Nouveau-Brunswick. Cet article a été publié pour la première fois en français dans L’Acadie Nouvelle le 16 septembre 2026.



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