La modernisation de la PALC (Politique d’aménagement linguistique et culturel) réalisée récemment a soulevé des espoirs et des commentaires élogieux. On actualise la « vision » de la province du Nouveau-Brunswick pour la réussite du système d’éducation en français et pour la construction identitaire.
Le financement fédéral pour accomplir cette vision, lui, n’a pas été actualisé. En fait, il régresse.
Comme au tir au fusil, même si on sait bien viser, il faut le calibre adéquat pour compenser la distance entre la cible et nous. Avoir les moyens, quoi.
Prenons comme exemple les anglophones au Québec. Considérés comme communauté de langue minoritaire par l’État canadien, ceux-ci reçoivent du fédéral un financement de près de $487 par élève, par année, pour assurer une éducation de qualité dans leur langue. C’est leur droit garanti par la Charte canadienne des droits et libertés.
Leurs élèves obtiennent un très bon score de 491 points en littératie sur le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (échelle PISA dans on acronyme anglais). C’est un score équivalent à celui de l’Australie, près de la moyenne historique des pays dits développés de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Il est juste de conclure que le financement que reçoivent les anglophones est plus que adéquat. Ils nagent dans leur culture à l’échelle continentale et ils ont un niveau socio-économique enviable. Le fédéral leur fournit un canon pour tuer une mouche.
Une personne raisonnable s’attendrait que nos jeunes acadiens d’ici obtiennent d’Ottawa un financement ajusté à la réalité des défis particuliers de grandir dans la seule province officiellement bilingue au Canada. Mais non. Vraiment pas.
Notre entente équivalente, signée en septembre 2025, nommée L’Entente Canada–Nouveau-Brunswick relative à l’enseignement en français langue première 2024-2028, c’est elle qui vient financer les initiatives visées sous la PALC. Et surprise, surprise, on y prévoit la somme de 484 $ par élève, par année, pour compenser le fait de vivre en situation minoritaire.
Ce maigre 484 $, c’est même moins, sans compter l’inflation, que ce que l’on recevait sous l’Entente de 2005. Tout cela alors que le système éducatif subit des pressions supplémentaires, avec les défis des mouvements migratoires, le pilonnage culturel anglophone constant via les réseaux sociaux et les jeux vidéo, pour n’en nommer que quelques-uns.
Pour nous faire une idée du défi à relever, rappelons simplement le score PISA en littératie des jeunes acadiens : 413 points. De très loin le plus faible au pays, qui équivaut à 4 ans de retard scolaire en comparaison avec ces jeunes anglophones du Québec.

Le score des Acadiens en 2025 est même plus faible que celui des élèves à Kiev, en Ukraine, où les écoles sont carrément bombardées par les drones et les missiles russes depuis 2022.
Nous sommes pourtant dans un pays membre du G7, en temps de paix.
Nous n’avons pas le luxe de tolérer davantage d’inepties du genre « oui, mais l’argent ne règlera pas tout » à chaque fois qu’on ose poser la question des moyens pour arriver à nos fins.
On se farcit de consultations, on s’époumone lors d’ateliers participatifs, on s’éparpille en 23 axes stratégiques, alors que tout est déjà décidé pour nous envoyer au casse-pipe avec un lance-pierres.
Atteindre l’égalité réelle promise sous la loi, c’est un combat qui devrait être à notre mesure.
Mais cela ne se fera que si nous faisons mieux qu’avec ces médiocres moyens qui nous ont conduits à l’état actuel des choses.
La première ministre Susan Holt et la ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance Claire Johnson doivent réouvrir l’Entente bilatérale Canada-Nouveau-Brunswick et la renégocier.
Simon Ouellette est un Acadien du Nouveau-Brunswick. Cet article a été publié pour la première fois en français dans L’Acadie Nouvelle le 12 octobre 2026.

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